
Pour cette année 2025, j’ai décidé de choisir en conscience mes lectures, de m’ouvrir à des plumes qui nourriront mon imaginaire et m’offriront d’autres possibles. L’afrofuturisme et les féminismes noirs prendront une grande place dans mes partages, et quoi de mieux que de commencer par la réédition d’un texte de 1903 pour ouvrir le bal.
Publié par les éditions Ròt-Bò-Krik, D’un seul sang ou le moi caché a été écrit par Pauline Hopkins, tour à tour comédienne, chanteuse, journaliste, romancière, dramaturge et directrice de publication américaine prolifique et très influente du début du vingtième siècle. Tombée provisoirement dans l’oubli, elle est redécouverte dans les années 1980, et est considérée comme une pionnière de « la radicalité littéraire et politique noire » (éditions Ròt-Bò-Krik). Elle tente dans son travail de « mettre en lumière la stigmatisation de la dégradation de l’ethnie [Noire]. » C’est une figure incontournable du mouvement Harlem Renaissance, et je suis heureuse de la découvrir enfin ! Ce roman a été initialement publié sous la forme d’un feuilleton dans The Colored American Magazine, première revue conçue par des personnes Africaines – Américaines. On considère l’utilisation de Pauline Hopkins du genre de la romance à des fins politiques et antiracistes très novatrice.
Résumé
Reuel Briggs, étudiant en médecine brillant est promis à un grand avenir à Boston, mais cache par tous les moyens son ascendance noire dans un pays profondément raciste, où bien que l’esclavage ait été aboli, la règle de la « goutte de sang » prévaut et exclut toute personne ayant un.e ancêtre Noire de la société Blanche. Passionné de spiritisme, il est sensible à d’autres mondes invisibles aux autres. L’amour frappe à sa porte de manière singulière, et en sauvant la vie de sa bien-aimée il repousse les limites rationnelles de la médecine. Cette réussite n’est pas sans attirer des jalousies. Une expédition archéologique en Nubie à la recherche d’un trésor lui ouvrira les portes d’une civilisation éthiopienne cachée à la technologie et aux mœurs visionnaires, et lui révèlera les secrets de son origine. Tout cela ne sera pas sans souffrances, trahisons, et remise en question de ses propres croyances.
C’est une histoire de romance gothique, une projection afrofuturisme, un manifeste contre le racisme. Ce texte m’a surprise par sa modernité, et sa fluidité de style. Et me rappelle à quel point il est important d’oser imaginer d’autres schémas narratifs. Cette découverte m’a donné très envie de me pencher sur cette maison d’édition aux titres prometteurs, et aux couvertures magnifiques qui reprennent les entrelacs végétaux de William Morris, personnage clé des arts décoratifs et militant libertaire.
Voici les ouvrages qui attisent ma curiosité dans le catalogue de cette maison indépendante :
- Écrire le monde noir : Premiers textes, 1928-1939, Paulette Nardal. Textes rassemblés et présentés par Brent Hayes Edwards et Ève Gianoncelli, 2024.
- La couleur de l’oubli, Merle Collins. Traduction de Jean-Baptiste Naudy et Grégory Pierrot, 2022. Initialement publié en 1995.
- Imaginer la libération : des femmes noires face à l’empire, Annette Joseph-Gabriel. Traduction de Jean-Baptiste Naudy, 2023. Initialement publié en 2019.
- La décolonisation n’est pas une métaphore, Eve Tuck et K. Wayne Yang. Traduction de Jean-Baptiste Naudy, 2022. Initialement publié aux Etats-unis en 2012.
En avez-vous lu certains ?
D’un seul sang : ou le moi caché, Pauline Hopkins. Traduction de Jean-Baptiste Naudy. Ròt-Bò-Krik, 2024. Initialement publié en 1903.

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