Dix lectures marquantes en 2025

Ceci n’est pas vraiment un top de mes lectures en 2025, mais l’envie de vous partager celles qui ont laissé les plus grandes marques en moi. Récits forts, émouvants, drôles, qui ouvrent à la réflexion, ces dix titres méritent fortement de s’y pencher.

Décoloniser les affects / Geni Nuñez. Editions Paula Anacaona, 2025.

Inspirée par les traditions de son peuple, le peuple guarani, l’activiste autochtone et psychologue Geni Nuñez nous invite à repenser nos liens affectifs, et montre dans ce texte que ce n’est pas l’exclusivité sexuelle le vrai problème dans le couple monogame hétéronormé, mais l’exploitation et les dominations subies par les femmes, qu’elles soient affectives, domestiques ou bien encore économiques. Ce décentrage salutaire démonte également pas mal de mythes autour des formes de polyamorie , et dénonce à juste titre sont utilisation actuelle parfois complétement dévoyée.

Mémoire céleste / Nona Fernandez. Editions Globe, 2025.

Ce texte, tout en touches impressionnistes, dresse un portrait poétique de l’immensité de l’espace qui nous entoure, et sonde nos âmes dans ce qu’elles ont de plus profond : notre rapport à la mémoire et au deuil. Deuil impossible de proches disparus sans corps, deuil doux amer de ceux qui restent mais ne vivent plus vraiment, deuil franc d’une société où la démocratie s’érode. 26 étoiles qui brillent dans le ciel, 26 martyrs de la dictature chilienne, et tout un monde qui a dû se réinventer.

L’Eden à l’aube / Karim Kattan. Editions Elyzad, 2024.

Plonger dans cette lecture tout en douceur, se faire happer par la beauté incendiaire et poétique de la langue, savourer les images convoquées, et redécouvrir le pouvoir de la littérature. Oui rien que ça. Dire que ce roman est un coup de cœur est un euphémisme, c’est pour moi une lecture incontournable que chacun.e devrait expérimenter. Une histoire d’amour, de terre, de souffrance, mais de liberté aussi. J’ai profondément aimé suivre Isaac et Gabriel dans cette Palestine portée au cœur et au corps de son auteur. Magistral.

Eka Ashate : ne flanche pas / Naomi Fontaine. Editions Mémoire d’encrier, 2025.

Vous connaissez mon admiration pour cette autrice, dont le travail de mémoire poétique envers son peuple, le peuple Innu, me bouleverse. Son dernier roman continue d’explorer l’Histoire par le biais cette fois-ci de son cercle proche, et c’est une  réussite. En gardant sa belle plume aux éclats fragmentés, Naomi Fontaine rend hommage à sa mère, femme forte et fière, mais aussi à son peuple, qui malgré les horreurs de la colonisation reste debout, et « ne flanche pas ».

La bonne mère / Mathilda Di Matteo. Editions L’Iconoclaste, 2025.

Derrière cette couverture pop et ce résumé malicieux se cache un livre bien plus profond qu’il n’y paraît. C’est un premier roman qui touche juste, à la fois drôle, insolent, mais aussi grave sans jamais tomber dans le pathos, et qui donne à voir deux héroïnes hautes en couleur. Il aborde de nombreuses thématiques telles que la reproduction sociale, le phénomène de transclasse, mais aussi les liens mère fille, et les violences sexistes et sexuelles.

Cheval / Julie Boudillon. Editions Do, 2025.

Voilà un court texte savoureux qui contient une multitude de portes, et déstabilise le lecteur pour son plus grand plaisir. Une inquiétante étrangeté qui joue avec le quotidien le plus banal pour mieux nous perdre. Lisez ce récit, à rebours total des autofictions nombrilistes qui pullulent ces dernières années, pour retrouver le goût de l’histoire, de la fiction qui nous transporte ailleurs, mais en dit tant sur nous à la fois. Cheval, ça raconte quoi ? ça raconte une histoire d’amitié entre collègues, de vie solitaire dans un lotissement tout sauf banal, et d’un cheval qui n’en est pas vraiment un, ou alors peut-être que si, mais l’on n’est plus bien sûr de rien.

Péquenaude / Juliette Rousseau. Editions Cambourakis, 2024.

Dans ce texte sociologique et poétique assez exigeant mais beau, Juliette Rousseau raconte son rapport tourmenté puis apaisé à ses racines paysannes, et voit l’acte d’écrire comme « un geste par lequel on revient au corps, et à la terre. » Elle creuse le parallèle entre exploitation de la terre et violences faites aux femmes, et observe les dynamiques de classe à l’œuvre dans une Bretagne meurtrie par le remembrement.

Servir les riches : les domestiques chez les grandes fortunes/ Alizée Delpierre. La Découverte, 2022.

Fruit d’une enquête minutieuse de plusieurs années et d’une immersion professionnelle dans le milieu de la domesticité, Alizée Delpierre livre ici une analyse des mécanismes de domination et de résistance entre exploiteurs et exploités. La richesse de ses entretiens nous donne à voir la complexité de ces dynamiques, et questionne sur la persistance de cette forme d’esclavage moderne dans nos sociétés actuelles.

Les féministes t’encouragent à quitter ton mari, tuer tes enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir trans-pédé-gouine / Alex Tamécylia. Le Nouvel Attila, 2025.

Un livre au titre incroyable paru au Nouvel Attila, et qui m’a littéralement renversée.
C’est un brûlot contre l’hétéropatriarcat comme on en lit rarement ; avec toi j’ai pleuré des rivières, ri aux éclats, et ai eu envie de tout brûler pour enfin reconstruire un monde meilleur tous•tes ensemble.
Mille mercis de tes mots, de ta poésie, et de la force brute de ce texte.
J’ai envie de le faire lire à tout le monde, et de placarder des extraits partout dans les rues !

Mon vrai nom est Elisabeth / Adèle Yon. Editions du sous-sol, 2025.

Avec le parcours d’Elisabeth, c’est le drame de l’enfermement des femmes et de leur effacement qui se joue devant nous. La diversité des modes narratifs, alternant journal d’enquête, témoignages dactylographiés, extraits de correspondances, et archives médicales, nous perd pour mieux nous orienter. L’enquête progresse, et dévoile finement d’autres interprétations, des chemins de traverse qui disent ce que personne ne veut savoir. Une prouesse narrative qui nous embarque et nous questionne sur le vrai et le faux, sur les mythologies et les réécritures familiales. Le poids des silences dans lesquels tout est dit.

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