
La haine, mon fils, c’est une malédiction. En elle, des millions de continuateurs silencieux se mutinent un jour contre celui ou celle qui l’a laissée entrer en une seule fois dans son cœur, puis le tuent.
La mer Noire dans les Grands Lacs est le premier roman d’Annie Lulu, sorti en 2020 aux édition Julliard. Autrice, poétesse et chanteuse née en Roumanie de mère roumaine et de père congolais, elle livre ici dans ce texte semi autobiographique toute la douleur, la complexité mais aussi la beauté des cultures qui se mêlent. Le métissage comme un fardeau aux racines incertaines, mais aussi comme un manifeste d’amour et de vie.
« J’aurais dû te noyer quand t’es née, j’aurais dû t’écraser avec une brique.«
Roumanie dans les années 1990. Elena, jeune étudiante en lettres, et Exaucé, étudiant congolais, se croisent. Leurs peaux s’appellent, leur histoire est impossible. Elena tombe enceinte et donne naissance à une fille, Nili. Exaucé ayant dû fuir, elle se retrouve seule à élever cet enfant qu’elle a hésité à tuer ou abandonner à maintes reprises, et qui ne l’empêchera pas de réussir et de devenir professeure d’université.
L’intelligence pour Elena est un bouclier. Sa fille métisse sa croix, un boulet qu’elle traîne et dont elle bourre les oreilles de coton à chaque sortie pour lui éviter d’entendre les insultes racistes totalement décomplexées qui fusent. Cette enfant qu’elle aime et hait à la fois, mais à qui elle souhaite transmettre à tout pris ses valeurs cardinales : intellect, littérature, travail.
« Des phrases impossibles à oublier, qu’il faudrait qu’on raconte, pour qu’un jour les gens sachent, ce que c’est qu’être le rare enfant d’un Noir dans une province du monde où la lune est encore pleine de pogroms. »
Nili grandit comme elle peut dans cette ambiance glaciale , persuadée que son père l’a sciemment abandonnée. Il est de toute manière impossible d’aborder le sujet avec sa mère. Elle se construit dans la solitude, le manque, l’absence. Sans tendresse, sans famille, sans vraiment d’amis. Partie à Paris pour faire ses études, la voilà qui croit entendre prononcer par hasard le nom de son père dans la rue, Makasi. « Makasi », ça veut dire « fort » en lingala.
Commence alors pour elle une quête des origines effrénée, qui la conduit jusqu’au pays natal de son père. Quête qu’elle partage sous forme d’un récit destiné à son fils à naître. Être fille, devenir mère. Renouer avec ses racines tout en donnant la vie, et exorciser une enfance en creux, voilà ce que vit Nili.
Ce qui m’a frappée dans ce texte, c’est la beauté de sa langue, libre, déliée, poétique, et dont la musicalité est impressionnante. De plus, la forme choisie pour partager le récit offre une amplitude de conte folklorique avec ses pauses, sa vivacité, et permet une respiration dans cette histoire ô combien dure et complexe. J’ai été bluffée par le style déjà si fort de ce premier roman, et totalement bouleversée par son histoire, si personnelle et universelle à la fois. Quête initiatique des origines, récit de filiation, racisme et violence maternelle, de nombreux sujets sont abordés, et nous emportent de Bucarest au Congo en passant par Paris.
La mer Noire dans les Grands Lacs, Annie Lulu. Editions Julliard, 2020.

Tu donnes envie et pourtant, je n’ai pas du tout aimé son roman suivant.
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Ça m’intéresserait de savoir ce qui t’a déplu dans son deuxième roman, était-ce plutôt l’écriture, l’histoire, ou autre chose encore ?
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C’était surtout le mélange de thème déjà très forts séparément, mélange qui faisait de son roman un plaidoyer fourre-tout virant dans la dystopie bien trop radicale…
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Je vais m’y plonger alors, c’est un risque en effet de vouloir aborder trop de choses d’un coup, et donne mr l’impression de quelque chose de superficiel ! Et tu avais aimé le style d’écriture ?
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Je ne me souviens plus… au début je crois mais j’ai rapidement trouvé que ça partait tellement en vrille que j’ai décroché de tout.
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