Abobo Marley / Yaya Diomandé

« Dites ce que vous voulez de moi. Vous gagnerez à prendre soin de moi. Vous allez apprendre un jour, que Mozess, le petit cireur, est allé à Bengue. Et vous n’aurez plus de cireur aussi joyeux que moi. Je serai très heureux là-bas et vous regretterez mon départ. Je viens de vous le dire. Sachez que mon projet se réalisera dans un temps record, inchallah. »

Voici un premier roman percutant, à l’écriture et la voix très singulière, que je vous recommande vivement de découvrir. Couronné par le Prix Voix d’Afriques, dont la particularité est de rechercher à travers un concours d’écriture de jeunes talents issus du continent africain dont la qualité du texte porte un regard novateur et unique sur l’Afrique, ce récit de Yaya Diomandé dresse un portrait vif et sans concession de la situation dans laquelle se retrouve une partie de la jeunesse ivoirienne aujourd’hui.

Né content à Abobo

Moussa est un jeune ivorien qui a grandi à Abobo, l’une des communes les plus pauvres et violentes d’Abidjan, dans le quartier de Marley, de ses mots « le quartier le moins sûr de cette commune ». Cela ne l’empêche pas d’avoir de grandes attentes, et un futur qu’il se voit tout tracé. Jeune homme intelligent et débrouillard, il enchaîne les petits boulots après avoir dû quitter l’école bien trop tôt pour subvenir aux besoins de sa famille.

Aîné de six frères et sœurs, il se sacrifie afin qu’eux-mêmes puissent réussir, délaissé par leur père parti pour épouser une jeune fille. Sa mère laissée seule et déshonorée, Moussa devient père de famille par procuration. Cireur de chaussures, mécanicien apprenti, chauffeur de taxi, chef de rébellion… Moussa construit sa carrière par opportunités, et économise pour réaliser un rêve qu’il chérit.

L’ Odyssée benguiste

Et pas n’importe quel rêve. Aller à Bengue, devenir un « benguiste », un de ses glorieux compatriotes partis chercher la fortune en Europe. Toute son énergie est dépensée à ce rêve, qu’il tente par tous les moyens d’atteindre. On suit avec lui et ses camarades la débrouille des petites gens qui vivent de petits boulots non déclarés, mais aussi l’instabilité politique qui mine la population, et la maintient dans la pauvreté . Coups d’État sur coups d’État, arrangements en francs CFA, expropriations, rackets organisés…La vie est dure, mais pas sans espoir, cette ressource inépuisable qui tient tant d’entre nous en vie.

En bref, la grande et belle histoire d’un petit homme qui ne manque ni de talent ni de culot, entrecoupée de savoureux dialogues en nouchi, argot ivoirien. Vivement d’autres romans de cet écrivain prometteur !

Abobo Marley, Yaya Diomandé. Editions JC Lattès, 2020.

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