Histoires de la nuit / Laurent Mauvignier

« Ce soir, c’est comme un mauvais rêve qui s’installe et, parce qu’il s’installe dans le temps et s’y prolonge, s’y prélasse, elle voit bien que ce n’est pas un rêve, pas un film, pas une histoire qu’elle aurait lue avec sa mère ; elle se dit que contrairement aux histoires que sa mère lui raconte, celle-ci ne finira pas forcément comme elle aimerait, comme il faudrait […]. »

Voici un roman dont on a beaucoup parlé, et qui a fait de nombreux adeptes mais aussi quelques déçus. Alors, de quel côté vais-je pencher ? Chronique d’une découverte littéraire inédite.

On le prend dans ses mains, il est épais, très épais. 634 pages. On le repose, se disant qu’il va falloir du temps pour le lire, que l’on a d’autres ouvrages à lire avant. Mais il pique notre curiosité. Alors un soir on l’ouvre, on se plonge dedans, et là la magie opère. Ce livre procure l’effet d’un page turner, croyez moi. C’est une sorte de thriller littéraire, une expérience unique, si dense et si rapide en même temps. Il est temps pour moi d’avouer que je n’avais jamais lu d’œuvres de Laurent Mauvignier auparavant, et je compte bien rattraper ce manque rapidement.

Il était une fois…

Dans le hameau de L’Ecart des Trois Filles Seules vivent Patrice, appelé Bergogne, sa femme Marion, leur fille Ida, et Christine, leur voisine artiste peintre un peu fantasque. Christine reçoit des lettres anonymes depuis quelques temps, ça la chiffonne, mais là n’est pas le plus important. Demain Marion aura quarante ans, et tout doit être parfaitement organisé pour lui faire une belle surprise pour sa soirée d’anniversaire. Bergogne se démène pour tout préparer. Des surprises, il va y en avoir, lorsque deux inconnus s’invitent dans le hameau et semblent savoir clairement ce qu’ils veulent…

Dis-moi ce que tu penses, je te dirai qui tu es.

Ecrit en flux de conscience, procédé maîtrisé parfaitement par Laurent Mauvignier, cette immersion dans les pensées de chacun des personnages au fur et à mesure de leur réflexion permet une double narration, où l’on suit une intrigue bien ficelée tout en découvrant en profondeur les personnages, leurs émotions, leurs doutes, leur part sombre. Le temps du récit est court, se centrant principalement sur cette soirée fatidique où tout bascule, mais l’historie est riche, très riche. Difficile de ne pas penser, surtout au début de l’intrigue à Funny games, le terrible film de Michael Haneke. Mais rassurez-vous (ou pas), l’histoire prend une toute autre tournure.

En bref, voici une histoire où l’aime se faire peur et frissonner, comme Ida lorsque Marion lui lit le soir des histoires de sorcières et de monstres mangeurs d’enfants qui n’existent pas. Hein, ils n’existent pas ces monstres, pas dans la vraie vie ? Et la violence du monde non plus, et l’irruption de l’horreur dans son quotidien non plus hein ? Un incontournable de cette rentrée littéraire.

Histoires de la nuit, Laurent Mauvignier. Les Editions de Minuit, 2020.

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