Le Détour / Luce d’Eramo

Jamais la Seconde Guerre Mondiale et ses camps ne m’ont été racontés de cette manière. Avec tant de force, de vie, d’espoir. Redécouvert et republié au début de cette année dans une nouvelle traduction par les merveilleuses éditions du Tripode, cet ouvrage hybride, à la frontière de l’autobiographie et de la réflexion sociologique, est unique. C’est un témoignage des camps, dans la lignée de Charlotte Delbo et de Ruth Klüger, mais c’est aussi l’histoire d’une reconstruction mentale et physique.

Une vie hors du commun

Luce d’Eramo en 1946.

Unique par le destin de son autrice, Luce D’Eramo. Jeune fille née dans un milieu bourgeois fasciste italien, elle a quatorze ans lorsque la Seconde guerre mondiale éclate. Lassée d’entendre tout et son contraire sur le régime nazi et ses camps, elle décide de se faire sa propre opinion, et s’engage dans un « Lager », un camp de travail nazi.

« Une idée, rejetée, une autre idée, rejetée, j’ai fini par comprendre que la seule façon de saisir la vérité entre fascistes et antifascistes – on en racontait tant et tant qu’on ne s’y retrouvait plus – était de juger par moi-même. Or le mieux, pour me rendre compte, n’était-ce pas d’aller sur les lieux dont on parlait sur tous les tons : les camps nazis ? Alors, le 8 février 1944, j’ai fui de la maison et me suis engagée comme simple ouvrière volontaire en Allemagne, avec les portraits de Mussolini et d’Hitler dans mon baluchon, sûre de mon affaire. »

Cette décision en dit long sur le caractère et la force de la jeune Luce, une femme têtue, rebelle, et engagée, prête à tout pour éprouver ses convictions. Un force de caractère qui en en fait un être solaire, qui intrigue et attire.

Vérone, Dachau, Thomasbrau, Mayence…Vivre avant tout

Cette force de caractère irrigue sa plume et le prisme par lequel elle nous amène à voir la guerre et les camps. Pugnace et têtue, Luce nous conte avec son style unique et presque enjoué ses multiples aventures ainsi que celles de ses camarades.

Construit selon plusieurs parties qui rassemblent des souvenirs reconstitués entre 1953 et 1979, cet ouvrage est également une réflexion sur la mémoire, ses travestissements, et un témoignage lucide sur l’engagement. Luce pense son expérience comme une découverte politique et sociologique, que l’on trouve notamment dans son application du capitalisme dans le fonctionnement même des camps de travail et de concentration.

Lire cet ouvrage nous offre une vision jusque là inédite des camps de concentration, où la vie, l’amour et le rire sont omniprésents. Où l’espoir côtoie la résignation, mais où le collectif et la force de vie l’emportent sur tout.

Le Détour, Luce d’Eramo. Le Tripode, 2020.

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