Après avoir suivi assidûment chaque rentrée pendant des années, comme beaucoup je sature. Trop de textes en même temps, de battage médiatique, de thématiques vues et revues, et une crise de l’édition qui fait froid dans le dos.

Mais parmi ce raz de marée quelques titres attisent ma curiosité dans cette sélection toute personnelle et non exhaustive, entre voix que j’aurai plaisir à retrouver et découvertes pleines de promesses.

Le livre de la disparition / Ibtisam Azem, éditions Globe
Quatrième de couverture :

À Tel-Aviv, Ariel et Alaa sont voisins et amis. L’un est un journaliste israélien, l’autre, un cameraman palestinien, hanté par le souvenir de sa grand-mère récemment décédée. Un matin, Israël se réveille abasourdi : tous les Palestiniens ont disparu. Plus d’ouvriers, de serveurs, de chauffeurs… Le pays est à l’arrêt. Alors que le gouvernement tente de déterminer si cette disparition représente un danger pour l’État, Ariel pénètre dans l’appartement d’Alaa pour enquêter et découvre son journal. En le lisant, il va peu à peu prendre conscience de la douleur et de la colère que son ami a toujours contenues. Empreint de réalisme magique, Le Livre de la disparition renverse habilement les perspectives sur la question israélo-palestinienne et met en lumière l’invisibilisation d’un peuple et d’une histoire. Sobre et évocateur, le roman fait résonner le drame de l’exode palestinien de 1948 et explore la persistance des souvenirs, qui blessent autant qu’ils consolent.

Finalement tout s’est bien passé / Estelle-Sarah Bulle, éditions Liana Levi
Quatrième de couverture :

Un énième geste condescendant d’un béké, et voilà Henri qui se décide enfin : il va quitter la Guadeloupe et son absence totale de possibilités pour un jeune homme aux origines modestes. Arrivé à Belleville, chez sa soeur Edna, il découvre une vie de débrouille animée, et les magouilles de Steve, le nouveau compagnon béninois de celle-ci, dont le rêve est d’ouvrir une boîte de nuit. Mais dans le Paris interlope des années 60, flics et voyous s’entendent pour dire qu’un Africain n’a pas sa place dans le monde de la nuit.
Dans l’hôpital psychiatrique où il travaille, Henri rencontre Sabine. Elle aussi a fui sa région natale, le Nord de la France, dès qu’elle a pu. Si les réactions ne sont pas unanimes quand la jeune fille ramène ce garçon à la peau foncée dans son village, à la frontière belge, Kath, sa mère, l’accueille à bras grands ouverts. La méfiance, le rejet, elle sait ce que c’est, elle, l’Allemande arrivée en France en 1946. Elle, dont le père était juif…
Pour Henri, Sabine, Steve et Kath, l’exil et les sacrifices assumés ouvrent-ils le champ des possibles ?

Le château de la solitude / Luc Dagognet, éditions do
Quatrième de couverture :

Toutes les relations amoureuses semblent vouées au désastre dans cette ville du Plessis-Robinson, dominée par la silhouette menaçante du châ- teau de la Solitude. Un orthophoniste erre dans les parcs, une serveuse rentre chez elle en pleine nuit, un cuisinier fume dans l’arrière-cour d’une cantine — seuls, parfois blessés, pleins de leurs souvenirs.

Et puis le petit Jacques, écolier, les doigts toujours recouverts de pan- sements, croise un soir Alexandra, une lycéenne de dix-sept ans. Un gouffre les sépare : l’âge, les passions, l’expérience. L’enfant la regarde pourtant comme si tout était encore possible. Alors, pièce après pièce, il va rencontrer son histoire.

Et le château veille, seul au milieu de son bois.

Darya & Dounya / Diaty Diallo, éditions du Seuil
Quatrième de couverture :

Dounya semble tout faire à l’envers depuis qu’elle est entrée dans la trentaine. Elle se sépare de son amoureux, le Mec-qui-vivait-déjà-là, doit quitter l’appartement qu’il et elle partageaient, et se fait virer de son boulot dans l’associatif. L’heure est au bilan.

En faisant ses cartons, Dounya ordonne ses archives et renoue ainsi le lien avec Darya, la jeune fille rêveuse, farfelue et nonchalante qu’elle a été. Celle qu’elle croit avoir sacrifié en devenant adulte. À travers une mémoire fragmentée, elle lui raconte — et se raconte — les moments clés, les ratés, et les détours qui l’ont construite.

Et c’est par l’écriture qu’elle décide de revenir à ceux qui l’ont abîmée : une série de lettres, dures et drôles, adressées aux hommes croisés sur son chemin, dresse un inventaire sans concession du masculinisme ordinaire.

Il était temps de leur river le clou et de remettre l’héroïne au centre de sa propre histoire. Ce roman le fait magistralement. Avec férocité, dérision et tendresse.

Le mouvement / Douce Dibondo, éditions Rivages
Quatrième de couverture :

Après la mort de sa sœur jumelle, une jeune femme refuse le silence et l’impunité. L’homme mis en cause appartenait au même milieu qu’elle : celui des militants de la cause féministe, queer et décoloniale. Rien ne le désignait comme un bourreau. Alors, avec ses amies, elle décide d’agir. Elles traquent. Elles confrontent. Elles frappent. Mais ce geste ne s’arrête pas là. De la vengeance naît un mouvement artistique, politique, collectif – qui déborde ses propres origines et invente d’autres formes de justice, d’autres manières d’habiter le monde.
Dans une langue vive, traversée d’oralité et d’éclats poétiques, Le Mouvement raconte une génération qui ne croit plus aux cadres existants et cherche, dans le risque et la création, une voie pour transformer la réalité.

Les fascistes n’ont jamais compté les étoiles / Yara El-Ghabdan & Rodney Saint-Eloi, éditions Mémoire d’Encrier
Quatrième de couverture :

Recommençons l’histoire du fascisme. Yara El-Ghadban et Rodney Saint-Éloi, forts de leurs vécus et expériences, se remémorent les temps d’avant. D’une Palestine génocidée à une Haïti faillie, ils se racontent la tyrannie des puissants, le racisme, la prédation, l’ère de la techno-finance et des milliardaires, la crise climatique, la cartographie des guerres et des catastrophes. Mais pas que ça. Ils invitent à revenir aux mythes qui ont façonné le monde, afin de réimaginer ensemble l’amitié, la solidarité, la créativité, et redonner place à l’hospitalité. Les fascistes n’ont jamais compté les étoiles évoque aussi bien l’ébranlement que l’espoir et l’amour.

Retour au goudron / Infernus Iohannes
Avant-propos du projet :

Signé par le collectif Infernus Iohannes, Retour au goudron est une performance, et c’est aussi l’ultime titre de l’édifice post-exotique. Il est constitué d’une somme de 343 brochures qui, numéro après numéro, font voyager lecteurs et lectrices dans le monde étrange, dans le monde flottant qui succède au décès et que les bouddhistes nomment Bardo. Rubriques régulières, photographies d’une ville disparue, récits de rêve, narrations hallucinées, plongées dans des univers fantômes… Plusieurs milliers de pages qui, comme l’a depuis longtemps annoncé le porte-parole des écrivains post-exotiques, Antoine Volodine, s’achèvent sur la fameuse phrase « Je me tais ».

Rien de plus à dire sur la présentation de cet objet inclassable, non publié à ce jour.

Ou plutôt si : des proses romanesques en ont été extraites. Des histoires regroupées par familles. Elles étaient, ces histoires, publiées en feuilleton, ainsi formant le cœur des brochures bardiques. Elles paraissent aujourd’hui en une seule fois, à une même rentrée littéraire, chez onze éditeurs différents. Une telle entreprise n’aurait pu se concrétiser sans la belle complicité de ces éditeurs avec le projet post-exotique. Qu’ils en soient ici vivement remerciés.

Septentrionale, Karim Kattan / éditions Elyzad
Quatrième de couverture :

Au crépuscule, alors que tous fuient un pays en proie à l’apocalypse, Joseph fait du stop à la frontière sud. Maryam s’arrête.
Ensemble, le temps d’une nuit, ils filent vers le nord, traversent un territoire qui explose sous leurs yeux. De forêts profondes en villages en ruines, de bien mystérieuses rencontres – un dauphin, un vieillard, un ange peut-être… – ravivent leurs blessures, leurs amours, et les confrontent à la violence qui les habite.
Et là-haut, plus ardente que toutes, l’étoile du Nord, la Septentrionale, éclaire leur chemin.

Dans une langue sublime, se jouant des registres et des attentes, Karim Kattan signe un roman d’une intense vibration, où s’entrelacent l’antique et le contemporain, le mythe et la merveille.

Redevenir temple / Kiyémis, Le Castor Astral éditeur
Quatrième de couverture :

Afroféministe reconnue, Kiyémis insiste sur le pouvoir de la joie et le refus du cynisme pour repenser le quotidien et le rapport aux autres. Sa poésie porte un regard singulier sur les questions de féminisme, de race, de corps, de santé mentale et de justice sociale.

Avec Redevenir Temple , Kiyémis signe un recueil où la poésie devient acte de résistance et de réconciliation . À travers une langue brûlante et organique, l’autrice explore les fractures de notre époque et son lien avec ses souvenirs personnels : violences systémiques, héritages coloniaux, injonctions faites aux corps et désir de liberté.

Loin du désespoir, Redevenir Temple transforme les blessures en force collective . Un texte générationnel qui refuse le cynisme et choisit la joie et l’amour pour envisager la possibilité d’un futur désirable .

C’était ça ou mourir / Thélyson Orélien, Grasset
Quatrième de couverture :

Après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n’emporte presque rien avec lui en quittant Haïti : un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère. Toute une vie dans un sac plastique. Se réfugiant d’abord en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique, ce professeur d’histoire franchit les frontières tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt en affrontant les profondeurs de la jungle. À chaque étape des visages surgissent, des corps tombent, des solidarités se nouent puis se brisent. Dans l’espoir d’atteindre le Canada et le peu de famille qu’il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et d’une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants.
Avec la trajectoire de Jonas, c’est une cartographie intime de la survie qui se dévoile. Aussi contemporain qu’universel, ce roman raconte les migrations au présent — non comme un concept, mais comme une expérience physique : marcher, avoir faim, se blesser, rire devant l’horreur pour ne pas abandonner. Thélyson Orélien y déploie une écriture foisonnante, traversée d’humour et de poésie, une langue d’exil qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ».

Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? / Lucie Rico, P.O.L.
Quatrième de couverture :

Jennifer a une vie qui la satisfait quand, au détour d’une panne de clavier d’ordinateur, une phrase surgit, inachevée, qui fait déraper l’apparente logique de son existence. « Devant Autant en emporte le vent, Vivien Leigh et Clark Gable vont s’embrasser quand quelqu’un appuie sur pause et ». Et rien. Un blanc après ce et qui envahit la page, troue sa mémoire. Jennifer se lance alors dans une enquête hilarante et inquiétante. Seuls indices : Perpignan, la ville de son enfance, une scène de baiser dans le célèbre film, la présence de son grand-père, une tache de sang sur le petit pull jaune qu’elle portait à l’époque. Elle décide de reconstituer la scène, et pour cela de reconstruire à Perpignan l’appartement de son grand-père dans les moindres détails. Entreprise rocambolesque pour recréer un décor qui devient l’archive supposée d’un trauma. Mais lequel ? Plus Jennifer tente obsessionnellement, et de façon burlesque, de restaurer la scène perdue, plus la mémoire lui joue des tours. Son comportement affole ses proches. Il y a chez Jennifer une petite fille amnésique, traumatisée, et trompée par des récits d’autant plus séduisants qu’ils la protègent d’une vérité impossible à dire.

Sauf la frontière / Elisa Shua-Dusapin, éditions ZOE
Quatrième de couverture :

Au dernier jour d’un festival de littérature à Beyrouth, Elisa Shua Dusapin descend au Sud Liban. Elle ne sait pas ce qui se passe de l’autre côté de la frontière en Israël, c’est tôt le matin, le 7 octobre 2023. Quelques mois plus tard, après son retour en Europe, un pressentiment la pousse à retourner d’urgence au Proche-Orient. Elle commence par poser ses valises à Amman en Jordanie. Elle ne connait ni la ville, ni sa culture. La jeune femme apprend l’arabe, s’initie à la plomberie avec des Jordaniennes, se rapproche de réfugiés syriens, partage de furtives confidences avec des Palestiniens et des Israéliens. Une sorte de secret se dévoile dans les silences et grâce aux gestes. Comme si c’était en compagnie des gens, et non à leur propos, qu’Elisa Shua Dusapin écrivait ce texte lumineux et grave, échappant à tout manichéisme et qui pose un regard inédit sur cette région et sur la violence.


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