Hunger / Roxane Gay

« Raconter l’histoire de mon corps, c’est vous parler de ma honte, ma honte devant mon apparence, ma faiblesse, devant le fait qu’il soit en mon pouvoir de changer mon corps, et de ne pourtant pas le changer, année après année. »

Je ne vous présente pas ici une fiction, mais un récit personnel, un essai, une réflexion bouleversante sur le corps et la relation que chacun tisse avec le sien. Roxane Gay est une essayiste, écrivaine et militante passionnante, qui s’est imposée comme une grande voix du féminisme américain avec son essai Bad feminist, dont je vous parlerai prochainement.

Elle aborde dans Hunger une lutte continue qu’elle livre depuis plus de 25 ans maintenant : se réconcilier avec son corps, et s’accepter pour être enfin heureuse. Car Roxane Gay a une particularité physique : elle est obèse massive, le niveau le plus élevé d’obésité recensé. Et elle en souffre, énormément. Cette obésité, survenue progressivement à partir de l’adolescence, est en lien étroit avec son histoire personnelle : à 12 ans, elle est sauvagement violée par un garçon qu’elle aimait et sa bande de copains, qui vont meurtrir sa chair et son esprit.

La jeune Roxane n’en parle à personne, et continue à subir des sévices jusqu’au déménagement de ses parents. Se met alors en place un mécanisme de survie : si les hommes peuvent lui faire du mal, il ne faut pas qu’elle les attire, et elle comprend rapidement que la société décrit comme indésirable les personnes à forte corpulence. Elle se met alors à manger, et à grossir de plus en plus. Ses proches ne comprennent pas, la culpabilisent sur son poids, la soutiennent dans ses régimes, mais rien n’y fait, elle reprend toujours le poids perdu.

Elle nous livre dans cet ouvrage son combat sans fard contre cette souffrance, ce mal-être qui la ronge, son rapport aux autres vicié par cet événement, son incapacité à s’aimer, à se pardonner, et son réconfort éphémère dans la nourriture. Mais c’est aussi un témoignage puissant sur la grossophobie subie au quotidien, par cette conscience permanente d’un corps que l’on « traite comme un lieu public » , les remarques incessantes, les regards, la maltraitance permanente que lui font subir les autres. Être gros dans un monde où l’on prône l’hyper-minceur à longueur de journée est difficile, être une femme grosse un calvaire permanent.

Parce que la beauté prend des milliers de facette et n’est pas qu’un modèle figé, parce que chacun devrait pouvoir se sentir digne d’être aimé, parce que au-delà de hashtags « body positive » une vraie prise de conscience est salutaire, lisons cet essai, et partageons-le.

Hunger, Roxane Gay. Editions Poins, 2019.

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