Là où les chiens aboient par la queue / Estelle-Sarah Bulle

« J’ai quitté Morne-Galant à l’aube parce que c’était la seule façon de ne pas cuire au soleil. Morne-Galant n’est nulle part, autant dire une matrice dont je me suis sortie comme le veau s’extirpe de sa mère : pattes en avant, prêt à mourir pour s’arracher aux flancs qui le retiennent. »

Ce premier roman d’Estelle-Sarah Bulle a eu beaucoup de succès lors de sa sortie, et c’était amplement mérité. Une écriture fluide, vivante et légère, un sujet abordé de manière originale, et des éléments personnels réels liés au fictif de manière subtile ont touché lecteurs et critiques. Un roman polyphonique sur l’exil, les blessures qu’il laisse et la transmission aux générations suivantes.

Estelle-Sarah Bulle a choisi, dans ce récit très personnel, de nous transporter à Morne-Galant, petit hameau au fin fond de la Guadeloupe rurale, où« les chiens aboient par la queue », dans les années 40. Morne-Galant c’est là à où ont grandi Antoine, Lucinde, les tantes de la narratrice, et Petit frère son père, dont les aventures ont bercé sa jeunesse et qu’elle tente de récolter à l’âge adulte.

Antoine, ainée de la fratrie, femme forte et entière, quitte du jour au lendemain à 15 ans sa campagne pour dans la grande ville en transformation qu’est Pointe-à-Pitre et s’y établit jusque aux années 60, avant l’exil vers la métropole, et la perte de lien avec cette terre d’origine, tout comme son frère et sa sœur plus tard.

On y découvre la vie, les changements, les espoirs, les doutes de toute une génération qui a dû quitter sa terre natale, et le bouleversement des 30 glorieuses, des révoltes sociales et de l’exode rural sous un autre angle. Par des bribes de souvenirs, la narratrice fait parler ses proches pour reconstituer le puzzle de ses origines, d’une région qu’elle connaît peu et pourtant à laquelle on la rattache sans cesse. Elle y mêle également les souvenirs de sa propre enfance, passée à Créteil, ville nouvelle de banlieue parisienne qu’elle a vu grandir en même temps qu’elle.

A travers une écriture chaleureuse, vibrante aux accents de créole, cet ouvrage nous offre une vision privilégiée de la vie en France d’outre mer au milieu du XXe siècle, mais nous questionne aussi sur la place des Antilles en métropole, et sur le déracinement vécu par la communauté guadeloupéenne une fois en métropole . C’est un roman poignant, beau, où le romanesque se lie à l’engagement social.

Là où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah Bulle. Editions Liana Levi, 2018.

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