Eau douce / Akwaeke Emezi

« Nous avions désormais trouvé notre rythme. […]Elle n’était pas certaine que nous soyons réels, mais rien de ce que nous étions ne semblait faux. »

C’est un premier roman troublant, rude, qui se plaît à détricoter nos certitudes, à jouer avec nos représentations. Qu’est-ce que la folie ? Une pathologie mentale, à diagnostiquer et traiter, ou une porte ouverte vers un autre monde qui nous est interdit ?

Inspiré de la propre vie d’Akwaeke Emezi, l’auteur.e , ce récit tente brillamment de nous déconcerter pour mieux déconstruire nos stéréotypes et nos préjugés. Nigérian.e de naissance, iel est très marqué.e par la riche culture Igbo, sa cosmologie et ses croyances. Auteur.e transgenre non-binaire, iel se définit parfois avec le pronom « ils ».

Dès le début du récit, on comprend que cette lecture ne sera pas comme les autres. On entend la voix de « nous », les âmes arrivées par erreur dans le corps de la petite Ada qui vient de naître. Un incident cosmique qui va marquer toute la vie de cette jeune fille. Enfant difficile, à l’opposé du reste de sa fratrie, Ada n’est pas comme les autres, les drames qui touchent sa famille progressivement l’affectent plus profondément. Selon la tradition Igbo Ada est un ogbanje, un enfant hanté par les esprits. Censés façonner sa personnalité pendant la grossesse selon la croyance igbo, et partir au moment de la naissance, les esprits ayant atterri en elle feront tout pour prendre le contrôle sur son corps.

Elle grandit comme elle peut, et quitte son Nigéria natal pour étudier aux États-unis. Un événement grave brise son élan de vie, et fait émerger en elle des êtres qui luttent pour la dominer. Il y a trois personnalités distinctes. Ashugara, boule de pulsion et désir à double tranchant qui la protège tout autant qu’elle la détruit, Saint Vincent garçon mal à l’aise dans ce corps de femme, et une troisième entité plus indistincte qui tente de l’apaiser.

Viol, scarification, tentatives de suicide, rien n’ est épargné à Ada dans ce roman bouillonnant, foisonnant, d’une héroïne qui lutte pour survivre et ne pas laisser emporter dans les tréfonds les plus sombres de son esprit où l’attendent l’impensable. En bref un texte unique qui questionne notre rapport à l’identité, à la folie, aux croyances et à la sexualité.

Eau douce, Akwaeke Emezi. Gallimard, 2020

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