La petite dernière / Fatima Daas

« Ça raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec une homophobie intégrée. »

Rien de tel pour inaugurer une sélection de rentrée littéraire qu’un premier roman aussi vif que celui de Fatima Daas. Entre autofiction, poésie en prose et roman, ce texte touchant, brut et solaire a retenu toute mon attention, et figure déjà parmi les incontournables de cette cuvée 2020.

Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière

Fatima a une vingtaine d’années, elle vit à Clichy-sous-bois avec ses parents et ses deux grandes sœurs. Fatima est la petite dernière, celle qui n’était pas prévue, celle qui aurait dû être un garçon. Élève brillante, elle tuait le temps à l’école en enchainant provocations et bêtises avec son groupe d’amis, frères de cœur. Fatima est musulmane, comme ses parents, aime ses traditions, mais les premiers troubles de l’adolescence révèlent qu’elle aspire à autre chose qu’une vie de jeune fille bien rangée, et que les femmes lui font bien plus d’effet que les hommes.

Se construire et choisir

Fatima, garçon manqué turbulent au collège mais surdouée, musulmane pratiquante mais amoureuse des femmes, banlieusarde et fascinée par Paris à la fois, femme qui veut être libre mais a peur en même de temps de blesser sa famille. L’histoire d’une jeune femme qui ne correspond pas aux cases dans laquelle on veut mettre les gens, une jeune vie faite de paradoxes, de questionnements, de doutes. C’est l’histoire d’une construction, de l’éclosion du talent, de la création, de la passion.

Comment se construire lorsque l’on se sent à part ? Comment concilier envie de plaire, de s’intégrer, et désir de s’émanciper ? Et si la vraie solution était de ne pas choisir, d’être qui l’on est avec ses contradictions, s’affranchir des carcans qui abîment et limitent. C’est ça aussi l’histoire de Fatima, la toute jeune vie qui s’impose et fuit à la fois.

Par son style très maîtrisé, sa construction en chapitres débutant toujours « par je m’appelle Fatima » au rythme fluide et limpide, ce très beau premier roman a tout d’un grand, et me fait déjà attendre avec impatience le prochain récit de cette belle plume littéraire qui a de l’avenir devant elle.

La petite dernière, Fatima Daas. Editions Noir Sur Blanc, 2020.

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