Le silence d’Isra / Etaf Rum

« Une femme n’a rien d’autre en ce monde que son bayt wa dar, sa maison et son foyer. Le mariage, la maternité : c’est là la seule valeur de la femme. »

C’est un premier roman puissant et profond qu’a écrit Etaf Rum, dont le titre original, A Woman is no Man, nous en livre l’essence. Une femme n’est pas un homme, une femme n’a pas les mêmes droits ni les mêmes attentes de la vie qu’un homme, voilà ce qui est enseigné, rabâché et imposé aux protagonistes femmes de ce récit que l’on suit sur trois générations. Car il est question des femmes, de leur place dans la société, des carcans et maltraitances qu’elles subissent, mais aussi de la force qu’elles peuvent déployer pour s’émanciper.

Il est question également de culture, et de double culture lorsque l’on quitte un pays pour un autre, aux modes de vie opposés, et lorsque, appartenant à la génération suivante on doit grandir dans un pays qui n’est pas celui de nos parents, tiraillés entre le respect des traditions familiales, et l’envie d’embrasser la modernité, la différence et les opportunités offertes par le pays dans lequel on a grandi : « Qu’arriverait-il si elle désobéissait à sa famille ? […] Parviendrait-elle à se défaire aussi facilement de sa culture ? Et si, au bout du compte, il s’avérait que c’était sa communauté qui avait raison ? Et si elle ne parvenait à trouver sa place nulle part ? »

De la Palestine à Brooklyn

L’histoire débute avec Isra, jeune palestinienne timide et passionnée de lecture, dont les parents sont en recherche active pour la marier. Le parti idéal se présente en la personne d’Adam. Adam vit à Brooklyn, aux États-unis, il est retourné dans son pays car ses parents tenaient à l’unir à une jeune palestinienne, respectueuse des traditions et prête à être exploitée et corsetée. Isra rêve d’ailleurs tout en étant effrayée, elle espère que cette destination lointaine lui permettra une vie meilleure, plus libre. Mais elle déchante vite une fois arrivée, et les grossesses à répétition qui lui sont imposées pour mettre au monde un garçon achèvent de l’enfermer.

Des années plus tard sa fille aînée, Deya, s’apprête elle aussi à entrer dans l’âge adulte. Ses beaux-parents, qui l’élèvent avec ses trois soeurs seuls depuis la mort de leurs parents, cherchent à tout prix à lui trouver un mari, alors qu’elle ne rêve que d’études et d’émancipation. Le même scénario semble se répéter, mais c’est sans compter sur la détermination de Deya à tenter de choisir son propre destin.

Le silence d’Irsa est un roman polyphonique d’une grande intensité, qui décortique habilement la mécanique implacable de l’oppression des femmes. C’est un manifeste pour la liberté et l’amour, qui nous montre également la puissance que peut prendre lecture lorsqu’elle devient outil d’émancipation. J’ai été bouleversée par son histoire, et tenue en haleine par une intrigue qui s’appuie sur les non-dits et nous révèle les pièces du puzzles de l’histoire de Deya par petites touches savamment amenées. Une très belle réussite.

Le silence d’Isra, Etaf Rum. Editions de l’Observatoire, 2020

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