Les femmes de l’Odyssée : des libertés féminines durant la haute Antiquité / Alexandre Hurel

Je quitte un temps la fiction pour vous parler d’une chouette initiative éditoriale, celle d’une jeune maison d’éditions indépendante au contenu de qualité, les Editions Quai des brunes, qui s’attache à rendre accessibles et compréhensibles les bouleversements du monde actuels ou anciens. Une de leur collection, « Le temps des femmes », a particulièrement retenu mon attention, et plus précisément un de leur ouvrage récemment paru sur l’Odyssée, épopée antique composée par Homère aux alentours du VIIIe siècle avant J-C, considérée comme l’un des poèmes fondateurs de la civilisation européenne.

Ulysse, son épopée et ses femmes

Amateur passionné de littérature et de civilisation européenne, Alexandre Hurel a ici basé sa réflexion sur une hypothèse provocatrice et pourtant pleine de sens : si depuis la Grèce antique la femme est socialement opprimée et reléguée à des rôles secondaires, comment se fait-il qu’il y ait, dans l’Odyssée, autant de personnages féminins puissants, qui aident et sauvent Ulysse, ou bien manquent de le perdre ? Autrement dit, ce mythe fondateur parvenu jusqu’à nous, et qui relate des faits datant de l’époque mycénienne du XIVe siècle avant J-C, ne serait-il pas un incroyable témoignage de la place bien plus importante et libre des femmes à cette époque ?

Déesses, souveraines, servantes et esclaves…

Dans une série de chapitres clairs et agréables à lire, richement illustrés d’œuvres d’art choisies avec soin, sont décortiqués les différents personnages féminins qui jalonnent le périple d’Ulysse, et il semble qu’excepté Pénélope, toutes possèdent des libertés d’agir et un pouvoir très surprenants pour une civilisation construite sur l’oppression des femmes et des esclaves.

Que ce soit Aphrodite et son infidélité à Héphaïstos, Athéna et sa toute puissance plusieurs fois salvatrice pour Ulysse, Circé et sa capacité à dompter et réduire les hommes en esclavage, les sirènes au chant meurtrier, Nausicaa et son pouvoir politique, les femmes du récit sont des figures selon Alexandre Hurel libres et dominantes, à l’opposé de l’athénienne grecque cantonnée à son rôle domestique, mineure éternelle, et enfermée ou presque dans sa maison… Pénélope elle-même pose la question de la liberté, car bien que représentant avec Ulysse le modèle de couple classique qui s’imposera dans l’Europe, elle résiste comme elle peut à ses prétendants, et par cette résistance cachée permet de soutenir le statut de son mari lors de son retour triomphal.

En bref, un livre documenté et très accessible, qui ravira les passionnés, tout comme les curieux se questionnant sur le rôle des femmes dans l’Europe antique. Un très bel ouvrage tant par sa forme que par son fond, qui donne envie d’élargir sa réflexion autour de cette thématique.

Merci aux Editions Quai des brunes, et à Le photophore lit pour cette belle découverte !

Les femmes de l’Odyssée : des libertés féminines durant la haute Antiquité, Alexandre Hurel. Editions Quai des brunes, Collection « Le temps des femmes », 2020.

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