Le souffle / Lou Dimay

« Tous les matins, le même rituel.

Irène arrive la première dans les bureaux. Elle ouvre les portes, les fenêtres. Allume la cafetière, jette le vieux filtre de la veille à la poubelle. Le café disparaît à vue d’oeil.

Elle connecte son ordinateur. Salue parfois la femme de ménage, dont elle ne connaît pas le nom, qui quitte son poste quand Irène prend le sien. Service externalisé. »

Un texte court, en tension, tout en finesse et subtilité. Des non-dits, des situations criantes effleurées, montrées, devinées. Une histoire que se lit d’une traite, qui étouffe petit à petit, jusqu’à l’expiration finale. On peut respirer, reprendre son souffle arrêté.

Ce roman de Lou Dimay est d’une simplicité et d’une maîtrise vraiment plaisante. Elle narre la banalité du mal, la souffrance infligée, déshumanisée, la machine implacable du travail qui essore, utilise, détruit. Jusqu’à la perte de sens totale. Autrice, chercheuse et enseignante, Lou Dimay décrit sa démarche sur son blog : « […] j’ai trouvé dans l’écriture les conditions de la survie, l’activation d’autres possibles et la vitalité de la révolte face aux violences ordinaires et aux rapports de domination de « l’ordre social » ».

« Combien de fois faudra-t-il mourir pour être en vie? »

Irène va prendre un nouveau poste dans une ville inconnue. Elle quitte tout sans regret pour cette nouvelle vie qu’elle semble attendre avec impatience, pour « retrouver la surface ». Elle arrive dans la ville de Guède, où tout est bleu, du pastel à l’indigo. C’est d’ailleurs dans une usine de production de couleur qu’elle va travailler. Jeune « bleue » pleine d’entrain, elle se verra directrice de l’innovation, où on l’accueille avec des « bon courage ». Le ton est donné.

Elle commence à peine à prendre ses marques que les attaques vont arriver, de sa propre équipe. Colombe, qui occupait plus ou moins son poste mais a finalement renoncé, tente de la déstabiliser. Elle semble fragile, et pourtant si pleine de ressources et incroyablement forte pour poser problème à Irène. Tout reste professionnel en surface, les traces écrites sont parfaites, mais tout est fait en sous-main pour viser Irène. La situation se tend, les coups bas s’accumulent, ca devient irrespirable.

Tout en métaphores poétiques autour du bleu, qui distille l’ambiance de vague à l’âme, de douceur mais aussi de froideur glaçante, j’ai beaucoup aimé ce roman sur la souffrance au travail, le harcèlement et la la malveillance humaine. Et attention aux apparences…

Je tenais à remercier les Éditions Blast et Babelio qui m’ont permise de faire cette jolie découverte dans le cadre de l’opération « Masse Critique ».

Le souffle, Lou Dimay. Editions Blast, 2021

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