Cent mille milliards de poèmes / Raymond Queneau

Un #lundipoésie un peu spécial, pour vous présenter un chef-d’oeuvre très cher à mon coeur, un livre somme avec lequel on peut construire cent mille milliards de poèmes. Si si !

Créé par l’incroyable Raymond Queneau, l’une de mes figures littéraires incontournables, artiste de génie et cofondateur de l’Oulipo, ce recueil de vers permet, par un savant calcul mathématique de créer une infinité de sonnets.

Comment ça marche ?

Je cite son créateur : « à chaque premier vers [au nombre de dix] on peut faire correspondre dix seconds vers différents ; il y a donc cent combinaisons différentes des deux premiers vers ; en y ajoutant le troisième il y en aura mille et, pour les dix sonnets, complets, de quatorze vers […] le lecteur peut composer 10 [puissance 14] sonnets différents, soit cent mille milliards […]. »

La littérature expérimentale portée à son sommet et accessible à tous et toutes,
Car, comme le dit Lautréamont, cité par Raymond Queneau, la poésie doit être faite par tous, non par un.

Alors on teste ?

Voici un des nombreux poèmes que l’on peut créer au hasard :

 » Du jeune avantageux la nymphe était éprise
  Pour du fin fond du nez exciter les arceaux
  Le chauffeur indigène attendait dans la brise
  Il ne trouve aussi sec qu’un sac de vieux fayots

  Je me souviens encore de cette heure exeuquise
  Quand se carbonisait la fureur de châteaux
  Un audacieux baron empoche toute accise
  Elle effraye le Berry comme les Morvandiaux

  Du Gange au Malabar le lord anglais zozotte
  On gifle le marmot qui plonge sa menotte
  Il faudra retrouver le germe adultérin

  On regrette à la fin les agrestes bicoques
  Tu me stupéfies plus que tous les ventriloques
  La gémellité vraie accuse son destin « 

Chapeau M’sieur Queneau ! Qui a dit que la poésie ne pouvait être un jeu ? Je trouve cet ouveage particulièrement brillant, et facétieux à la fois, à l’image de son illustre créateur. Il ne reste plus maintenant qu’à créer les quatre-vingt-dix neuf mille milliards neuf cent quatre-vingt-dix neuf millions neuf cent quatre-vingt-dix neuf….Et des poussières autres.

Cent mille milliards de poèmes, Raymond Queneau. Gallimard, 1961.

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