S’adapter / Clara Dupont-Monod

« Un jour, dans une famille, est né un enfant inadapté. Malgré sa laideur un peu dégradante, ce mot dirait pourtant la réalité d’un corps mou, d’un regard mobile et vide. »

C’est un récit bref mais lumineux que propose Clara Dupont-Monod dans son dernier roman paru chez Stock, S’adapter. Inspiré en partie de sa vie personnelle, ce roman touchant nous plonge dans le quotidien d’une fratrie cévenole dont l’un des frères est un « inadapté ».

Tout débute comme l’histoire d’une famille ordinaire qui vient de s’agrandir. L’aîné et la cadette, dont on ne saura jamais le nom, viennent d’avoir un nouveau petit frère, aux épais cheveux bruns et aux grands yeux noirs, comme eux. Les parents sont aux anges.

Seulement rapidement un doute naît, ce petit bébé doux et silencieux semble regarder toujours ailleurs, et être en permanence absent de son propre corps. Vient le moment fatidique de l’orange, dont la famille gardera une trace imperméable : la mère passe une orange devant le visage du petit, il ne réagit pas, il ne la voit pas. D’autres examens confirment les pires craintes nées de cet épisode, non seulement l’enfant est aveugle mais il ne se développera pas, il est gravement handicapé. On lui donne trois ans d’espérance de vie.

« A enfant hors norme, savoir hors norme. Cet être n’apprendrait jamais rien et, de fait, c’est lui qui apprenait aux autres. »

Face à cette onde de choc les deux enfants vont réagir de manière diamétralement opposée : l’aîné protègera et aimera plus que tout ce petit être sans défense, la cadette s’en éloignera et fera tout pour oublier son existence qui la répugne. L’enfant vivra dix ans, avant de s’éteindre paisiblement. Un autre enfant naît quelques temps plus tard, un enfant qui voit l’orange, un enfant réparateur, qui vivra dans la fascination de ce grand frère handicapé qu’il n’a jamais connu.

L’originalité du texte réside dans sa narration, faite par les pierres du jardin de la maison familiale, et par l’alternance des points de vue des enfants. Car c’est leur ressenti à chacun qui est important, dans toute sa candeur, sa douceur mais aussi sa sincérité et sa violence. Un très beau roman sur la différence, la famille, l’amour et les non-dits.

J’en sors presque un peu frustrée qu’il soit aussi court, j’aurais aimé continuer à suivre leur parcours dans cette nature si bien décrite qui livre des moments de grâce d’une grande poésie, et apaise leurs blessures.

Un grand merci aux éditions Stock et à Netgalley de m’avoir permis sa lecture !

S’adapter, Clara Dupont-Monod. Stock, 2021.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :