Tenir sa langue / Polina Panassenko

Ce que je veux moi, c’est porter le prénom que j’ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur.

Tenir sa langue est un premier roman très réussi, riche, profond et décalé à la fois. Il aborde la questions passionnantes de l’arrivée dans un pays étranger, de l’identité, de la langue, et de l’exil en partant d’une mésaventure juridique vécu par la narratrice : la francisation forcée de son prénom Polina en Pauline, et la bataille juridique pour récupérer son prénom d’origine, elle qui a fui l’URSS très jeune avec ses parents dans les années 1990. Que fait-on de sa culture, de sa langue ? Jusqu’où aller pour s’intégrer, sans perdre qui l’on est ?

On plonge dès le début du roman dans la violence de l’assimilation, et la problématique des subtilités de la langue : Polina lorsqu’elle est naturalisée française apprend sur le papier officiel qu’elle est « autorisée » à porter le prénom Pauline, francisation de de Polina. Très bien me direz-vous, sauf qu’autoriser en langage juridique signifie être obligé. Elle ne peut plus s’appeler Polina, il disparaît de ses papiers d’identité. La voilà mutilée d’une partie de son identité, de sa partie russe. Elle entame un combat juridique pour récupérer son nom, celui d’une ascendante, pas donné au hasard.

La narratrice oscille entre souvenirs de sa jeunesse, de la vie en Russie à l’arrivée en France et le choc culturel, et démarches administratives pour retrouver cette partie d’elle-même. Elle retranscrit avec brio la perte langagière d’une enfant arrivée dans un pays dont elle ne parle pas du tout la langue : le décalage des premiers jours d’école, les efforts permanents pour comprendre, savoir en quelle langue parler, le mélange des deux dans sa tête, la perte partielle de sa langue, les retour aux pays et la complexité d’être une immigrée dans son propre pays d’origine. A la maison et en vacances en Russie elle est Polina, à l’école elle est Pauline.

C’est un récit touchant et riche, plein d’humour mais aussi très juste, qui nous plonge dans les années 1990. Où l’on redécouvre la force incroyable d’adaptation des enfants même plongés dans un univers nouveau, mais aussi les efforts déployés pour s’intégrer, et la fracture interne qui en découle.

Tenir sa langue, Polina Panassenko. Editions de l’Olivier, 2022.

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