Fille, femme, autre / Bernardine Evaristo

« J’écris pour ces femmes qui ne parlent pas,
pour celles qui n’ont pas de voix
parce qu’elles sont terrorisées,
parce qu’on nous a plus appris à respecter
la peur qu’à nous respecter nous-mêmes.
On nous a appris que le silence
pouvait nous sauver, mais c’est faux. »

Audre Lorde

Londres, National Theatre. Amma Bonsu est fébrile, c’est la première de sa pièce La Dernière Amazone du Dahomey. Être programmée dans cette institution mythique a un goût doux-amer pour elle : c’est une consécration certes, mais elle, femme noire, féministe, lesbienne, n’est-elle pas qu’une simple caution diversité ? Ne sert-elle pas les intérêts de cet establishment qu’elle a longtemps combattu ?

Autour d’elle, et de cette soirée charnière pour sa carrière, gravitent une multitude de personnages différents qui se croisent, se fréquentent, s’ignorent. Se dévoile alors petit à petit une fabuleuse galerie de portraits de femmes et autres qui vivent, luttent, réfléchissent au monde qui les entoure. Chaque chapitre se lit comme une nouvelle histoire, des pans de vies imbriqués les uns dans les autres qui s’unissent pour former un récit vibrant sur la condition féminine, le sexisme, le racisme, et la résistance que déploient les opprimés dans toute leur diversité.

« nous les femmes / dont personne ne chante les louanges / dont la voix est inaudible » Grace Nichols

Elles sont femmes, elles sont noires, métisses, elles vivent au Royaume-Uni, et elles luttent tous les jours pour sortir des stéréotypes dans lesquels on les enferme, elles tentent de briser ce double plafond de verre qui pèse sur leurs épaules. Elles tentent de se construire, de porter leurs identités chacune à sa manière. Amma, Bummi, LaTisha, Shirley, Carole, Penelope, Morgan, Hattie… Autant de noms pour autant d’époques et de situations que contient cet impressionnant roman choral dense, riche de personnages, de points de vue, de réflexions sociétales brillantes, et qui se lit pourtant d’une traite. On se plonge volontiers dans les bribes de vie de toutes ces femmes d’hier et d’aujourd’hui.

Pour compléter cette forte fiction, je ne peux que vous recommander de jeter un oeil dans les oeuvres de bell hooks, Audre Lorde, et de lire Un féminisme décolonial de Françoise Vergès, précédemment chroniqué ici. Enfin, comme a si bien dit Christiane Taubira : « nous les femmes sommes la moitié du ciel et même un peu plus. Nous entendons être la moitié de tout, pas vos moitiés, la moitié de tout. Et surtout, surtout, être au moins la moitié partout où se prennent les décisions. Le monde qui vient devra s’habituer partout à la présence forte de nos filles, de vos filles. »

Fille, femme, autre, Bernardine Evaristo. Globe, 2020.

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